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dimanche, 01 avril 2007

8 - Nouvelle promise, nouvelle due...

 Adèle, l'apprentie sorcière

Jean Baylis

Texte français de Josette Gontier

Cet après-midi là, à l'heure du goûter, Céline Lambertregardait par la fenêtre. Soudain, quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir trois sorcières traversant le ciel, juchées sur un manche à balais ! Celle du milieu, une adorable petite sorcière, avait un mal fou à retenir son chapeau dans le vent.
«Maman, vins vite voir ! hurla Céline. Il y a des sorcières qui volent dans le ciel !
- Ne fais pas la sotte ! lança sa maman depuis la cuisine. Quand cesseras-tu d'inventer des histoires ?»
Mais Céline avait bel et bien vu, de ses yeux vus, des sorcières !
Si tu lis cette histoire, tu sauras qu'elle disait la stricte vérité...
«Nous y voilà ! dit le grand Sorcier en descendant de son balai. Numéro 22 ! C'est ben ici ! Pas mal, n'est-ce pas ?
- Comme maison, peut-être... grogne Adèle en faisant la moue, mais rien à voir avec notre grotte : nous y étions pourtant si bien !
- Tu as raison, dit maman Sorcière avec un soupir. Mais les hommes ont abattu les arbres de la forêt et construit une route par-dessus notre logis. Il nous faut maintenant vivre comme les humains. C'est ainsi !»
Adèle suit ses parents dans la cuisine. Quelle déception !
«Mais c'est affreux ! s'exclame-t-elle. Il n'y a même pas d'araignées, ni de chauves-souris ! Rien ! Désespérément rien !
- Aucune importance !» déclare le grand Sorcier.
Lui, par contre, a l'air très satisfait de ce nouveau logis...
«En un rien de temps, assure-t-il, cet intérieur nous ressemblera !»
Les sorcières, c'est bien connu, dorment le jour et sortent la nuit. Or ce soir-là, le grand Sorcier décrète qu'on se mettra désormais au lit la nuit, comme les hommes. Adèle fait la tête durant tout le dîner : elle refuse de manger la soupe d'ortie et le ragoût de coquilles d'escargots.
Jamais, au grand jamais, elle n'aimera vivre dans une maison, dût-elle atteindre l'âge de 932 ans !
Étendue dans son hamac, elle ne parvient pas à trouverr le sommeil. «Que papa et maman fassent semblant d'être des humains, si ça leur plaît, pense Adèle, mais moi je vais sortir faire un tour sur mon balai !»
Ce même soir, Céline est déjà couchée, quand il lui semble entendre parler dans le jardin d'à côté.
«Screugneugneu et abracadabra !» dit une petite voix.
La fillette enfile ses chaussons et descend l'escalier à pas de loup. Vite, dans le jardin !
Se hissant sur la pointe des pieds, elle risque un oeil par-dessus la haie. Dans le jardin voisin se tient une adorable petite sorcière.
«C'est elle !» se dit Céline.
Elle se glisse dans une trouée de la haie et demande :
«Tu es une vraie sorcière ?
- En voilà une question ! s'exclame Adèle, furieuse. Et toi, je suppose que tu es un être humain, tu es toute chaude !» dit-elle en touchant Céline du doigt.
Adèle, la petite sorcière, se met à parler de sa nouvelle maison. «Je la déteste ! Depuis que nous y habitons, tout va de travers. Un vrai désastre ! J'ai des tas d'ennuie, avoue-t-elle. D'ailleurs, au moment où tu es arrivée, j'étais sur le point de faire apparaître des crapauds ! Tu m'as dérangée !»
Elle lève les bras et lance :
«Screugneugneu et abracadabra, Crapauds par ci ! Crapauds par là !»
Soudain le jardin est envahi de crapauds. Gluants... Visqueux... Ils se mettent à coasser d'une voix perçante.
«Bon, je vais m'enovler sur mon balai, annonce Adèle. Si tu me promets de n'en parler à personne, je te montrerai comment ça marche !»
La petite sorcière entraîne Céline dans son garage. Il y a là deux gros balais, côte à côte.
«Ce sont ceux de papa et maman, explique-t-elle. Le mien est tout petit, mais il vole tout de même très vite. Tu as envie de faire un tour ?
- Tu crois ? En chemise de nuit ? Et au beau milieu de la nuit ? s'inquiète Céline.
- Bien entendu ! répond Adèle. Mais, comme nous sommes deux, nous allons prendre le balai de maman. Je sais le conduire !»
Et, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Céline se retrouve assise sur le manche à balai, derrière Adèle.
«Lune et étoiles ! Ciel de la nuit ! Laissez mon balai s'envoler !»
Soudain le balai de maman Sorcière se met à faire un drôle de bruit. Il vrombit, secoue ses passagères, et s'élance dans le ciel à toute allure.
Plus haut ! Encore plus haut !
«Mon cher, tu vas beaucoup trop vite ! fait remarquer Adèle au balai.
- Dis-lui de ralentir ! supplie Céline.
- Il suffit de tourner ce truc !» déclare Adèle en actionnant un bouton placé devant elle.
Mais au lieu de freiner, voilà que le balai accélère de plus belle et ses deux passagères se retrouvent bientôt si haut, au-dessus des nuages, qu'elles n'aperçoivent même plus la terre.
«En fait, tu ne sais même pas comment ça marche ? demande Céline, au bord des larmes.
- Pas vraiment ! reconnaît la petite sorcière. Qu'allons-nous devenir ?»
Et elles tournent et elles tournent, à la manière des fusées des feux d'artifice. Céline a mal au coeur, comme le jour où elle est montée sur le grand-huit, à la foire.
«Ça y est ! Je m'en souviens !» crie tout à coup Adèle.
Elle prononce la formule magique : «Screugneugneu balai freine, screugneugneu et abracadabra.» Le balai fait entendre des grincements et ralentit en perdant de l'altitude. Enfin, l vole à une vitesse raisonnable. Céline et Adèle en profitent pour regarder aux alentours.
«Tu sais, avoue Adèle, je n'avais jamais volé aussi haut !»
Elles sont si près des étoiles qu'elles pourraient presque les attraper ! Dans le lointain clignotent les lumières de la ville. Quel spectable merveilleux !
Maintenant qu'Adèle maîtrise son engin, elles s'amusent comme des folles ! En avant ! En arrière : en arrière ! En avant ! Que c'est drôle de voler la tête en bas !
«Si nous volions jusque chez moi ? propose Céline. Je pourrais dire bonjour à ma maman !»
Mme Lambert est en train de faire la vaisselle devant sa fenêtre. Soudain elle écarquille les yeux... Non, ce n'est pas un rêve, c'est bien Céline qu'elle vient d'apercevoir ! Sa petite Céline, en train de voler ! Sur un manche à balai !
«Ma chérie !» appelle Mme Lambert en se précipitant dehors en chaussons.
Là, elle découvre un spectacle qui la laisse bouche bée : une sorcière et un grand sorcier marchent sur le trottoir !
«Descends tout de suite ! crie le grand sorcier en agitant sa cape avec fureur.
- Mais c'est ma Céline qui est là-haut ! Faites quelque chose !» supplie Mme Lambert.
Mais le balai poursuit sa route. De plus en plus haut, et hop ! en bas ! De-ci, de-là ! Comme une joyeuse sarabande dans le ciel étoilé.
«Il n'y a rien à faire, déclare maman Sorcière d'une voix tranquille. Essaie à tout hasard la formule magique, dit-elle à son époux. On ne sait jamais...
- Poussière d'étoiles ! Poussière de lune ! Attrapez ces deux petites filles et ramenez-les ici !»
Papa Sorcier lève les bras, et une longue traînée de poussière d'étoiles s'élance dans le ciel. Elle entoure le balai et ramène doucement les deux petites désobéissantes sur la terre.
Elles se posent dans une grande secousse au beau milieu du jardin de Mme Lambert. Céline lève les yeux vers sa maman.
«Quand je te disais que j'avais vu passer des sorcières...»
Tout le monde s'étant mis à parler en même temps, personne ne remarque qu'Adèle, la petite sorcière, et Céline se glissent dans le fond du jardin.
Cette fois, pas le plus petit crapaud en vue !
«J'ai l'impression de ne plus avoir d'ennuis, dit Adèle. Parce que tu es mon amie...»
Après tout, ce n'est pas si désagréable de vivre dans une maison ! pense-t-elle en souriant.

Paris, Hachette, Bibliothèque Rose, 1988.

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