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dimanche, 29 avril 2007

36 - Pierre Jourde, Carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu

     Il était une fois une jeune fille blonde à la peau très claire qui se rendait à la piscine au Centre municipal des Sports. On était au mois de décembre, il faisait donc assez frais, et notre jeune amie était en conséquence couverte (presque) de la tête aux pieds, d'un bon jean, un gros pull à col roulé et d'un manteau sans forme lui tombant aux genoux. Attendant son bus à l'entrée du quartier « populaire » où se trouve le Centre municipal des Sports en question, elle fut soudain tout à fait malgré elle le centre d'une courte mésaventure que je vais vous compter.
    
Une voiture rouge (toute pourrite, mais bon, ce n'est pas la question, nous ne sommes pas là pour discuter de la façon d'entretenir son véhicule) s'arrêta pila brusquement devant l'abri-bus, et le passager assis à l'avant de la voiture ouvrit sa fenêtre. Il demanda fort aimablement à la demoiselle si elle désirait qu'on la dépose quelque part. Cette dernière déclina poliment la proposition en souriant. Le jeune homme insista, aidé par le conducteur de l'automobile (qui n'avait, rappelons-le, rien d'un taxi). Notre jeune amie refusa à nouveau. C'est alors que la portière avant-droite s'ouvrit violemment et que le ton du jeune homme changea : « Dis-donc, espèce de pute, tu vas monter !! » La jeune fille, quelque peu effrayée désormais, se demanda si elle devait partir en courant (alors qu'elle n'aurait jamais fait le poids contre deux gaillards en voiture, fut-elle pourrave) ou rester calme en espérant que l'histoire n'irait pas plus loin. C'est alors que, pendant que le passager commençait à sortir de la voiture, le conducteur d'un autre véhicule, qui avait fait son apparition une minute auparavant, se mit à klaxonner pour signifier qu'il souhaitait avancer et n'avait pas que cela à faire d'attendre gentiment. Le passager de la poubelle rouge, après une certaine hésitation, remonta donc en voiture et cette dernière redémarra en trombe laissant la pauvre enfant de vingt ans à peine retomber sur le banc de l'abri-bus en tremblant.  

" ... une jeune fille s'assit en face de lui. Elle était très jolie, la peau très sombre, de longues tresses sur les épaules. Elle se plongea dans un livre. Elle devint immédiatement le centre de l'attention des jeunes qui occupaient les banquettes voisines. Ils se mirent à multiplier les agaceries, les moqueries, les remarques obscènes et les bruits de bouche suggestifs. La jeune fille affectait de les ignorer. L'un des jeunes blonds s'approcha tout près d'elle et lui proposa des relations sexuelles en des termes très crus. La jeune fille se leva et alla se réfugier à l'autre bout du wagon. Elle dut pour cela contourner le jeune homme, qui s'amusait à faire semblant de lui barrer le passage.
     Ce départ suscita un flot d'injures ordurières, où il apparaissait que la jeune fille était une sale Nubienne, doublée d'une grosse pute, et par-dessus tout qu'elle était raciste. »

Ce passage est un extrait du « voyageur zoulou », troisième chapitre des Carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu de Pierre Jourde, dont voici la quatrième de couverture :

La Nubie est une vieille république d'Afrique, de tradition musulmane, mais convertie depuis longtemps à la laïcité. Une forte proportion de Nubiens est issue de l'immigration belge, venue des plaines misérables de Flandre et de Wallonie. Or, la Nubie peine à intégrer cette population, notamment les jeunes. Les fortes traditions catholiques des Belges se heurtent à la laïcité. Dans les banlieues, on croise de plus en plus de grandes femmes blondes empaquetées dans des jupes plissées grises et des lodens bleu marine. Des bandes de jeunes Belges font régner l'insécurité dans les faubourgs des grandes villes, mettent les chansons d'Annie Cordy à plein volume sur leurs autoradios, attaquent les pompiers et la police. L'antisémitisme progresse dangereusement parmi eux. Heureusement, ce n'est pas en France que de telles choses pourraient se produire.

La dernière phrase de ce résumé est la seule qui évoque (implicitement par ailleurs) le lien entre ce court ouvrage et l'état actuel des mentalités dans notre beau pays. Pour un peu, on se croirait presque dans un vrai documentaire, et l'on refermerait le livre en se demandant quand les Ricains se décideront à remettre ce pauvre pays en ordre.

Joude fait naître le rire à chaque page tournée, certes, mais ce rire est spontanément jauni par le réalisme des propos qu'il tient. Qui ne se sent pas agressé régulièrement aujourd'hui, et opprimé par la bonne conscience ambiante qui interdit de déplorer certaines choses, auxquelles on n'a même plus le droit de donner un nom ? L'auteur de cette centaine de pages ironiques en a le courage, et dresse, sans sombrer dans le racisme (dont sont souvent accusé les électeurs « de droite » par les « intellectuels de gauche »), « le constat d'un pays éclaté, où plus les symptômes s'aggravent, moins il est permis de nommer la maladie, ni même de montrer qu'on l'a repérée. » On se prend à vouloir à son tour dénoncer le « flicage mental des antiracistes de profession » à cause desquels « nous sommes arrivés à un tel degré de non-dit » et de « déni du réel ». *

* Les passages entre guillemets des deux dernières phrases sont extraits de la note de Didier Goux, « Le Jourde gloire est arrivé ».

P.S. : Et je me trouverais presque une auréole autour de la tête à persister dans le vote blanc quand je me retrouve autant dans le récit de Pierre Jourde...

12:25 Publié dans Livres plaisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Jourde

mercredi, 25 avril 2007

33 - The show must go on...

... c'est tout ce que je dirai de la semaine qui vient de s'écouler. Pour le reste, désolée de l'attente que j'ai pu susciter, on n'a qu'à dire que je vais essayer de me reprendre en main, et que ça comblera le déficit (en même temps j'ai eu autant de commentaires, ou presque, pendant cette semaine blanche que durant les précédentes).

Dans l'ordre :

J'ai vu avec mon amie C. le film "The Come back" (la bande-annonce ici), en version originale, dimanche soir à Paris, en utilisant le pot de pop-corn "hudge" et mon genou droit pour me cacher les sous-titres (Gosh, que les films sont mal traduits...). Je vous arrête tout de suite, pas la peine de vous récrier ("Quelle horreur ! la Schtroumpfette a craqué, elle nous montre enfin qu'elle n'est finalement rien de plus qu'une blonde qui se donne des airs, etc."), du point de vue qui me l'a fait apprécier, ce film est LE film de la DECENNIE (non je n'exagère pas). Rien que le générique donne le ton, avec ce clip façon eighties où l'on voit Hugh Grant se trémousser et donner ces coups de hanches rendus célèbres par "Love Actually" (mon film préféré de tous les temps, parce qu'il me laisse un sourire jusqu'aux oreilles pour des heures à chaque fois). J'ai ri aux éclats dès les premières secondes, tout oublié de ce qui me rendait grisâtre depuis des jours, et cela ne s'est pas arrêté avec la fin du film, j'ai enfin pu passer une vraie nuit de sommeil sans me réveiller plusieurs fois en nage. BREF, si vous cherchez LE film remonte-moral du siècle, c'est celui-là.

Dans le train du retour, j'ai lu les deux tiers environ du livre de Pierre Jourde, généreusement offert par Didier Goux, Carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu. C'est tout comme il l'a décrit sur son site, mais j'attends la fin pour vous donner deux ou trois courts extraits choisis, ainsi que mes impressions finales.

J'ai acheté mon billet d'avion pour New York (je pars en juin, je vais enfin pouvoir vérifier si mon niveau attesté au TOEIC n'est pas usurpé) (mais je ne crois pas) (non en fait je le sais : je suis douée) (oui je suis prétentieuse, et alors ?), le guide Lonely Planet Citiz sur New York et le tome 8 de Gossip Girl, Ma meilleure ennemie.Je suis enchantée à l'idée de passer cette dizaine de jours dans la Grosse Pomme, pour la deuxième fois, mais cette fois je vais pouvoir en profiter vraiment. A moi le Met (aux chiottes le MoMa) (et vive l'OM) (aux chiottes le PSG) (etc.), the 5th Avenue, le Met and the 5th Avenue. Central Park, aussi. (Mais je ne cèderai pas au rituel du footing.) Et les ptits restaus sympas avec Hélène, qui va m'accueillir si gentiment (note à tous ceux qui prévoient un voyage à New York, mais cela vaut aussi pour Londres : profiter de ce qu'un ami y réside quelque temps pour y aller, vous économiserez ainsi une énorme somme pour le logement) (à reconvertir de façons diverses et variées en parcourant la cinquième Avenue) (où il n'y a pas que des magasins, je le dis en passant, mais également le Met (YESSS)... bon et le MoMa aussi). 

Pour l'heure je termine la rédaction d'une partie d'exposé sur le vin de messe (sujet exact : "Le vin : une boisson eucharistique").  Puis mon cher et tendre va me rejoindre, nous allons débattre d'un sujet qui est à l'origine d'un léger cassage d'assiettes d'hier soir (non, j'exagère, je suis juste partie en claquant la porte, sans dire au revoir, et sans l'embrasser) : les causes de l'homosexualité. Oui, je sais, on se prend bien la tête pour rien quand on est blonde et qu'on a l'amoureux le plus formidable du monde. Ensuite, dès que j'aurai réalisé que 'bien sûr, qu'il n'est pas un connard de faschiste homophobe" (puisque, je le sais déjà, c'est moi qui ai mal compris ses propos, n'ai pas fait l'effort de le laisser s'expliquer et en plus ai proféré une jolie connerie) (la connerie étant, n'ayons pas peur de la honte qui n'a jamais tuer personne, de dire que l'on naissait homosexuel, hors l'homosexualité n'est pas génétique, et à ce jour les diverses expériences scientifiques réalisées ont plutôt prouvé que l'homosexualité n'avait pas de cause biologique que le contraire. On attribuerait plutôt à cette forme de sexualité des causes éducatives, environnementales, bref on devient homosexuel très tôt, mais on ne le naît pas), nous irons au Bateau Ivre écouter un "clash" de reggae, je crois (pour moi aussi, cela va être une expérience nouvelle, je vous livrerai mes impressions demain, promis). Et après... Où se trouve la place des Halles, déjà ? Ah oui, place Gaston Pailhou.

Je vous souhaite à tous une excellente soirée, et m'en vais sans parler politique (puisque tout ce que j'ai à dire, c'est que je suis très déçue, et que si je n'avais pas autant cru à la possibilité d'un autre résultat, j'aurais voté pour Dominique Voynet...).

 PS : Je n'oublie pas que l'Irremplaçable Epouse de Monsieur Goux a émis le souhait, dans un commentaire, de voir une de mes peintures. Cela viendra bientôt.

PS' : Histoire de mettre tout le monde d'accord : l'affirmation fausse parmi les 10 était celle qui stipulait que j'avais eu plusieurs femelles, dont une nommée Bethany. En fait j'ai eu trois femelles (deux combattantes et une guppy, pour aller avec Thrasybule) (mais je n'en évoque que deux dans la réponse, de toute façon cela n'a pas d'incidence), dont DEUX se sont trouvées affublées de ce nom. J'avais prévenu que je faisais dans le détail.