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vendredi, 10 août 2007

141 - Hypothèses (#1)

SI LES ROMAINS N'AVAIENT PAS CONQUIS L'EUROPE


Si les romains n'avaient pas conquis l'Europe, l'Europe en serait peut-être encore au moyen-âge politiquement, culturellement et intellectuellement parlant. Les Anglais n'auraient alors certainement pas colonisé l'Amérique.

Peut-être les Japonais auraient-ils traversé l'océan Pacifique pour aller coloniser l'Amérique sur laquelle ils auraient étendu leur pouvoir et créé un réseau internet tellement puissant qu'on le capterait grâce au wifi du haut des donjons européens.

Moi dans ce monde là je serais une princesse cloîtrée en haut de mon donjon, avec ma télé, mes livres et mon ordinateur. Et comme les Européens ne seraient pas assez avancés pour avoir inventé internet et l'ordinateur, les rares personnes à avoir internet le capteraient des Amériques.


Et Bruce Willis s'appelerait Bruce Lee Willis, et dans Armaggedon il se ferait hara-kiri à la fin avec un grand sabre (mais il aurait plutôt intérêt à ne pas se louper parce qu'une fois la combinaison trouée, il mourrait dans d'atroces souffrances sur la comète).

jeudi, 09 août 2007

139 - Rock Attitude

A Nicuazenia ne vivaient que des femmes. Des jeunes, des vieilles, mais toutes avaient un point commun. C'étaient des princesses enfuies de leur royaumes, voulant échapper à la destinée cruelle qu'on inflige aux princesses dans tous les contes de fées : se marier avec le prince et avoir beaucoup d'enfants. Vers l'âge de 17 ans elles partaient donc pour cette ville cachée et que seules les princesses en détresse connaissent.

 

Elles ne fuyaient pas les princes charmants parce qu'elles étaient lesbiennes, mais parce qu'elles savaient quelque chose qu'aucune petite fille rêvant dans son lit n'aurait pu imaginer : les princes charmants sont tous des salauds. Si, si, c'est logique. Si ça n'était pas le cas, tous les contes de fées ne finiraient pas par "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants". Quel genre d'homme (surtout de nos jours) n'a pas la patience d'attendre quelques mois de fiançailles pour faire connaissance ? Dans les contes, la princesse est à peine sauvée/enlevée/réveillée d'entre les morts qu'elle doit se marier avec un homme qu'elle connaît à peine, et lui faire aussitôt des enfants ! «Beaucoup» d'enfants, même. Ce qui signifie donc que la princesse, à peine sortie de l'enfance, doit passer directement à la nuit de noces alors qu'elle a en général passé des années seule, enfermée en haut d'une tour à broder gentiment, ou à dormir. Non seulement elle n'a pas la moindre idée de ce qui l'attend le soir de son mariage, mais en plus il faut s'y coller assez souvent pour avoir «beaucoup d'enfants». Pas étonnant, finalement, que la plupart des princesses, de nos jours, après avoir vu leurs mères réduites à cet esclavage sexuel, préfèrent s'échapper de cet enfer et se réfugier dans une contrée où s'écoulent joyeusement les heures et les jours dans le luxe et la volupté.

 

Elles vivaient donc leurs journées au rythme des réunions diverses organisées sur des thèmes variés comme la broderie, la couture, les pots en plastique pour ranger les aliments ou encore les téléphones portables lecteurs MP3 (qui peuvent aussi faire radio-réveil et grille-pain si on leur demande gentiment). Elles suivaient également un entraînement militaire pour protéger la cité et ses quelques trois-cents habitantes, au creux d'une montagne cachant une forêt idyllique et connaissant tout le confort moderne.

 

C'est le problème de la modernité : on veut quitter son royaume pour ne pas épouser le prince, et rejoindre la forêt perdue, mais on ne veut pas abandonner le luxe et le confort de la ville. Alors toutes les princesses se faisaient plus ou moins livrer machines à laver, écrans plats, home cinémas et décodeurs satellites, lecteurs mp3, laves-vaisselle et cafetières, bains à bulles, etc. à quelques kilomètres de la cité, puis demandaient à des djinns d'apporter tout le matériel directement dans leurs appartements. Il faut bien vivre avec son temps, me direz-vous, mais ces petites Paris Hilton de contes de fées commençaient à ne plus prendre assez de précautions pour cacher la localisation de leur cité, ce qui aura bien vite de fâcheuses conséquences.

 

On pouvait entrer dans Nicuazenia par le nord et par le sud, de la même façon aux deux endroits : en traversant les immenses chutes d'eau qui entouraient la cité et coulaient le long des flancs de la montagne. Il ne fallait ensuite pas se perdre dans les labyrinthes qui menaient au coeur de la ville. Celle-ci avait en effet été creusée par magie dans la montagne, qui cachait de dangereux dédales pour qui n'était pas une princesse. Le seul moyen de trouver la cité était donc d'être une princesse vierge, ou d'être guidé par l'une d'entre elles. C'était comme un code génétique gravé, incrusté au coeur même de chaque damoizelle. Ainsi, jamais les princesses de Nicuazenia n'avaient reçu de visites d'hommes ou de roturières. Elles restaient entre elles, parmi les djinns qui les servaient, et cela leur convenait parfaitement. Quelle fut donc leur surprise et leur crainte de voir s'échapper un beau matin des tunnels nord de la montagne un jeune homme, par ailleurs absolument craquant, avec ses yeux bleux et ses cheveux bruns brillants comme dans une pub pour shampoing ! Comment avait-il pu accéder à la cité, seul et sans aide ?

 

Sans même se poser la question, des nuées de princesses l'entourèrent, l'arc à la main et le regard menaçant, et la doyenne de Nicuazenia s'avança pour lui demander son nom et la raison de sa présence dans la cité des vierges éternelles. Le galant sembla prendre la pause, agita la main, et d'une façon très gracieuse annonça : «Je souis Gabriel, fils du roi Juan-Miguel de Sainte-Rop', comme vous je souis pucelle et je me suis enfoui pour rejoindre vos rangs de fougueuses guerrières de la liberté afin d'échapper au crouel destin qui était le mien dans mon pays : épousailler la donzelle Roberta. À Sainte-Rop' je ne vivais que pour le soin de mes cheveux et de ceux de mes cousines, ici je souis prêt à me consacrer aux vôtres si vous m'acceptez parmi vous.» Les princesses furent plus que troublées, à la fois par ce discours et par le charme pénétrant de Gabriel. Giselda, la plus ancienne des habitantes de Nicuazenia, décréta la réunion du conseil et ordonna que le prince fût mené, les yeux bandés, sur la place centrale, au cas où le conseil déciderait de voter sa mort (il serait bien trop dangereux de laisser repartir libre un homme qui aurait trouvé une fois la cité).

 

Une fois le conseil réuni, composé d'une cinquantaine des princesses les plus sages (donc les plus vieilles, autrement dit celles qui n'étaient plus que moyennement intéressées par le choix des couleurs à la mode et qui avaient donc le temps de se consacrer à des affaires plus terre à terre), un grand bruit s'éleva dans la salle. Un premier groupe était pour tuer le nouveau-venu, afin que ne soient pas oubliées les traditions : il s'agissait de sauver les princesses oprimées, pas d'offrir asile à n'importe quelle pseudo prince-coiffeur. Un deuxième groupe n'était pas contre l'idée de le laisser vivre dans la cité, car les djinns n'étaient pas les plus douées des créatures en ce qui concernait la coiffure. Un dernier petit groupe d'une dizaine de demoiselles plus jeunes que toutes les autres restait muet. La doyenne Giselda s'en aperçut très vite et demanda aux jeunes filles la raison de leur silence. La plus hardie d'entre elles, nommée Isolda, s'avança et parla d'une voix claire et forte, mais de façon à ménager les susceptibilités :

«J'avoue avoir été troublée par la beauté du prince Gabriel, et moi aussi j'apprécierais grandement de pouvoir laisser mes cheveux à ses soins. Je ne m'en demande pas moins comment il a pu entrer dans Nicuazenia au lieu de mourir dans la souffrance de l'errement, de la soif et de la faim que sont sensés connaître tous ceux qui ne sont pas à la fois demoiselle et de sang royal. Comme la plupart d'entre vous nous avons été séduites par sa beauté, et deplorerions d'avoir à l'exécuter. Il nous semble cependant qu'il existe une troisième solution. Il affirme être puceau, et bien qu'il soit un homme, c'est sans aucun doute sa virginité qui lui a permis de trouver la cité. Si nous ne voulons pas le tuer, et que nous ne pouvons pas le garder sans crainte de voir la zizanie s'installer parmi nous (et cela ne manquera pas d'arriver si nous laissons un étalon pareil au milieu des gazelles effarouchées que nous sommes), alors le plus simple serait peut-être de le laisser repartir... après l'avoir dépouillé de ce qui lui a permis d'entrer ici.

  • En d'autres termes, articula soigneusement la doyenne, tu préconises de le dépuceler et de le laisser partir ?

  • Exactement.

  • Mais celle qui accepterait ne pourrait plus jamais rentrer dans la cité !

  • Ce prince n'a pas l'air comme les autres ; la vie avec lui sera certainement plus agréable qu'avec nos promis et il ne contraindrait sûrement pas sa femme à faire un enfant par an. Laissons-le choisir parmi celles d'entre nous qui seraient volontaires.»

Isolda rentra dans le rang et le brouhaha s'éleva à nouveau, de plus belle. La doyenne dut demander qu'on lui apporte le prisonnier pour qu'enfin se calment les demoiselles. Lorsque Gabriel entra, le silence se fit totalement et la voix de Giselda s'éleva :

«Le conseil était partagé entre répondre favorablement ta requête et te tuer. Le fait est que nous ne comprenons pas comment un homme, même puceau, a pu trouver le chemin qui mène à nous. Une troisième solution nous a donc été proposée, qui serait peut-être plus... raisonnable pour toi comme pour nous. Il s'agirait de... euh... (une princesse pucelle, même de 78 ans, n'a pas l'habitude de parler de ces choses-là devant un homme) faire de toi un homme et te laisser repartir, avec celle qui serait alors ta femme. Il me semble finalement que ce soit ta seule alternative : choisir l'une d'entre nous ou mourir.

  • Je crois qu'il doit y avoir un malentendou, répondit Gabriel. Si j'ai trouvé le chemin à travers le souterrain, c'est que je ne souis pas un homme comme les autres. Si je n'ai pas voulou épouser cette Roberta, au demeurant charmante malgré son affreux prénom, ce n'est pas parce que je ne l'aimais pas, mais parce que je n'aime pas les femmes... en général... Je ne me vois pas choisir l'oune d'entre vous, à moins que vous ne cachiez un autre coiffeur dans vos penderies, rigola doucement le prince.

  • Bien, bien, dans ce cas, nous pourrions peut-être revoir notre décision, dit Giselda en élevant la voix pour couvrir le brouhaha qui s'élevait à nouveau dans la pièce après ces révélations. Mais nous n'avions jamais été confrontées à un pareil choix.»

Les voix des princesses s'élevèrent en coeur pour crier qu'un prince coiffeur homosexuel ne pouvait qu'être utile et agréable, et aussi distrayant, car il n'y avait pas eu beaucoup de nouvelles arrivées ces derniers temps. Cette décision fut donc adoptée, Gabriel reçut un logement et commença à recevoir chez lui ses amies les princesses pour prendre soin de leurs chevelures, comme il l'avait promis. Ce jeune homme avait une grâce incroyable et toutes les princesses en tombèrent secrètement folles amoureuses en quelques mois.

 

Au bout de trois mois, des événements tragiques survinrent : de toutes les princesses qui sortaient de la cité pour aller faire des achats ou simplement se promener, plus de la moitié ne revinrent jamais. Puis, petit à petit, elles ne revinrent plus du tout. Impossible également de les joindre sur leur portables. La doyenne Giselda, extrêmement inquiète, prit le parti de parcourir elle-même les souterrains, afin de s'assurer que quelque bête étrange ne s'y était pas installée. Horrifiée, elle y découvrit les corps de la moitié des absentes, qui s'étaient visiblement perdues en voulant rentrer dans la cité. Les autres avaient dû préférer rester à l'extérieur. Pourquoi, la reine crut ne jamais pouvoir le savoir.

 

En rentrant à Nicuazenia Giselda racontait au conseil ce qu'elle avait vu quand un détail attira son attention : l'une des plus jeunes princesses du conseil se tenait étrangement, et portait une robe bizarrement bouffante. Elle l'appela à ses côtés, et quand elle vit ses doutes confirmés, elle courut avec toute la force et la majesté que lui permettaient ses 78 années jusqu'à la demeure du prince coiffeur, pour s'apercevoir qu'il avait disparu. La doyenne décida alors de s'emparer de la jeune princesse pour la soumettre à un interrogatoire musclé. Elle découvrit ainsi que, tombée amoureuse de Gabriel, elle n'avait pu s'empêcher de lui faire du charme, alors même qu'elle le pensait homosexuel. Pour sa part, il lui avait fait un grand discours comme quoi elle était la seule capable de lui donner envie du sexe faible, et elle l'avait cru. Elle s'était donc donnée, et le temps de s'apercevoir que ces quelques instants de bonheur lui avaient été fatals, il était trop tard. Il sembla également que finalement le prince coiffeur n'était pas si purement homosexuel que ça, et qu'il avait cédé à toutes les avancesfaites par des princesses. Il n'avait tout simplement pas fait l'erreur de faire ne serait-ce qu'une proposition, se contentant d'accepter celles qu'on lui faisait. Ainsi, une partie des princesses déflorées serait partie avant que la chose ne se remarque, les autres, plus écervelées, seraient simplement sorties se promener en oubliant qu'elles ne pourraient plus jamais retrouver le chemin. Giselda continua son enquête en interrogeant la centaine de princesses restantes dans la cité. La moitié environ avouèrent avoir également offert leur vertu à Gabriel mais n'étant pas tombées enceintes et ayant compris qu'elles ne retrouveraient jamais le chemin de la cité après ça, elles étaient tout simplement restées à l'intérieur. Elles avaient en revanche aidé la plupart de leurs amies à s'enfuir, qu'elles soient enceintes, ou qu'elles souhaitent juste retrouver la civilisation. Les seules à n'avoir pas été «séduites» par Gabriel étaient les plus vieilles, soit celles qui n'en avaient pas eu envie ou n'y avaient pas pensé, soit celles qui auraient bien aimé mais que le prince avait repoussées. Cette attitude avait eu deux conséquences pour lui : non seulement il n'avait pas eu à se faire les vieux croûtons, mais en plus les vieilles (se croyant néanmoins irrésistibles) le croyaient au-dessus de tout soupçon et donc n'avaient pas donné l'alarme.

 

En fouillant la maison de Gabriel, la doyenne Giselda trouva un message qui lui permit de comprendre l'action du jeune homme. Il appartenait à une organisation secrète de princes déçus par leurs promises déserteuses, regroupés pour se venger. Leur but était de retrouver la cité des vierges éternelles et de les conquérir une à une pour les forcer à revenir dans le monde normal. Seulement, puisqu'ils étaient tous d'anciens fiancés, ils ne pouvaient prendre le risque d'être reconnus en allant eux-mêmes à la cité. Ils avaient donc passé des années à chercher, trouver, et embrigader un jeune prince bisexuel, qui pourrait à la fois trouver la cité et séduire toutes les princesses. Pendant qu'une partie des princes déçus cherchaient le prince qui les vengerait, l'autre cherchait à localiser la cité, ce qui était devenu de moins en moins difficile, les années passant, avec l'installation de satellites et d'autres instruments technologiques qui permettaient de situer, au moins grossièrement, la cité sur une carte.

 

Giselda comprit que Gabriel ne s'était pas contenté de dépouiller la cité de presque toute sa population actuelle, mais puisqu'il avait pu rejoindre son organisation, la cité même était perdue et ne tarderait pas à être assiégée. Peu importait désormais que de nouvelles jeunes filles arrivent, l'idée même de se regrouper entre elles était devenue impensable pour les princesses, à moins de trouver un nouveau lieu, et de cela, aucune n'avait le courage. Les plus jeunes partirent donc retrouver le monde, et les plus vieilles préfèrèrent rester, se disant qu'à leur âge on ne viendrait plus leur causer d'embarras.

 

Depuis ce jour, les princesses modernes, affranchies de leur destin tragique d'esclaves sexuelles grâce à Gabriel, peuvent s'intégrer au monde des gens normaux et travailler, avant de penser à se marier et faire quelques enfants à des hommes devenus métrosexuels...

mardi, 31 juillet 2007

122 - Parce qu'il faut bien redevenir sérieux (et parce que sinon je vais perdre mes plus anciens lecteurs, aussi...)

LA SORCELLERIE À L'ÉPOQUE MODERNE

 Notes prises lors d'une conférence de Robert Muchembled à l'Université de Tours.
(deuxième semestre de l'année scolaire 2006-2007)

L'épicentre de la sorcellerie se situe dans les pays germaniques. Les tribunaux ecclésiastiques ne condamnent pas à mort (les condamnés sont livrés aux tribunaux laïques). En revanche c'est l'époque où l'on exécutait les femmes qui cachaient leur grossesse, les homosexuels... Cette période prend fin avec le XVIIIe siècle. Elle a laissé des traces dans l'imaginaire, y compris dans les BD, ou encore dans la série « Buffy contre les Vampires ».

I -LE CAS FRANÇAIS.

C'est en Allemagne surtout (Saint Empire Romain Germanique) que l'on brûle les sorcières. On en brûle moins en France. Les condamnations (entre 1580 et 1640) se font dans le cadre du Parlement, à raison de la moitié dans le nord de la France (10.000.000 de justiciables) sauf en Normandie et en Bretagne. C'est la plus grande cour d'Appel en France. En Lorraine il y aurait eu plus de 2.400 sorcières (terre germanique et ultra-catholique). 1540-1571 : deux bûchers.

Concentration des condamnations à mort sous le règne d'Henri IV et le début de celui de Louis XIII, puis retour au calme. Ces procès sont des appels.

Les Ardennes sont une terre de sorciers. L'ouest de la France (parlements de Paris et de Rouen) est plus enclin aux condamnations (et le Parlement de Rouen est plus agressif que celui de Paris : malgré une population plus faible il compte autant de condamnations à mort, ainsi que des exorcismes collectifs et des couvents endiablés).

Loudun, 1634 : des filles nonnes ont dénoncé un curé sorcier. Il fut brûlé pour avoir fait rentrer le diable dans le couvent et le corps des nonnes.

Il y a trois Frances :

  • Centre : Parlement de Paris, modéré : on poursuit car la théorie existe, mais il y règne un semi-scepticisme. On croit au diable, mais moins aux sorcières. On constate une tendance à freiner les persécutions dès la base.

  • Périphéries étrangères : Flandres, Artois (espagnol : pas de sorcières en Espagne, mais les Espagnols les chassent dans leurs territoires extérieurs (l'Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, le sud du Pays Basque). En Espagne les poursuites sont arrêtées tôt mais au Pays Basque on trouve des « chasseurs de sorcières ». On trouve également des traités pour éliminer la « secte diabolique ».

  • Pas de sorcières en Bretagne.

Les pays catholiques du Sud ne chassent pas beaucoup les sorcières (Espagne, Italie). On les livre à l'Inquisition qui n'est pas très dure avec elles. L'Inquisition s'intéresse plus aux Mahométans, aux Juifs et aux relaps. Les sorcières sont considérées comme des femmes supersticieuses et folles, des médecins de campagne, et on leur donne donc de petites peines, mais on ne les brûle pas.

Le Sud ne brûle pas, le Nord oui.

Ce n'est pas particulièrement un phénomène catholique car les protestants rivalisent de zèle avec les catholiques pour brûler les sorcières (cf. Suisse – Calvin-,
Écosse, pays germaniques...).

1580 : Jean Bodin (La République) publie La démonomanie des Sorciers où il explique qu'il faut brûler toutes les sorcières et tous ceux qui n'y croient pas. Cet ouvrage est immédiatement traduit dans de nombreuses langues et devient LE manuel de la chasse aux sorcières dans l'Empire germanique, notamment.

II – DÉFINITION DE LA NOTION DE SORCIÈRE : LE STÉRÉOTYPE FÉMININ.

Jean Bodin définit la doctrine démonologique qui se positionne autour d'un stéréoptype féminin.

La criminalité n'est pas vraiment une affaire de femmes : 20% seulement des criminels sont des femmes, à l'époque et de nos jours, tous crimes confondus. Cela ne veut pas dire que les femmes soient plus douces que les hommes, mais que leur rôle les écarte théoriquement de la notion de crime : elles ne portent pas d'armes (à une époque où tous les hommes en portaient) et ne représentent que 20 à 30% des voleurs.

Il y a deux crimes spécifiquement féminins : l'infanticide (en lien avec la sorcellerie) et la sorcellerie. L'infanticide (nommé à partir de 1557 « recel de grossesse ») est le fait de ne pas déclarer sa grossesse aux autorités : si l'enfant meurt, même par accident, la femme est pendue. Le Parlement de Paris, entre 1575 et 1604, va ainsi condamner 300 femmes à la pendaison pour recel de grossesse, contre 40 « seulement » au bûcher pour sorcellerie (alors qu'il y avait autant d'accusées dans chaque catégorie).

Le recel de grossesse est en majorité un crime de jeunes : des femmes non mariées de moins de trente ans le plus souvent, des paysannes, des servantes, fragiles, engrossées par leur maître... Alors que les femmes accusées de sorcellerie sont plus âgées.

Un édit de Philippe deux destiné aux Pays-Bas institue l'extermination des vieilles sorcières, les définissant comme des femmes qui ne sont plus à l'âge des relations sexuelles, sorties de la capacité d'avoir des enfants, veuves ou isolées et qui se mêlent de médecine. (On voit bien la perversion dénoncée : vouloir continuer à avoir des relations sexuelles alors que ces dernières doivent théoriquement servir uniquement à procréer, et ce dans le cadre du mariage.)

Le Marteau des Sorcières, Maleum Maleficarum.

Une commission pontificale a été envoyée en Rhénanie vers les bouches du Rhin, où visiblement le diable avait réussi à instituer une secte d'hommes et surtout de femmes pour y faire apparaître l'Antéchrist, dans l'attente de la fin du monde, et ainsi anéantir le retour du Christ à la fin des Temps, etc. Les envoyés pontificaux ont trouvé un groupe de femmes refusant le baptême, conspirant secrètement pour envoyer des plaies... Le rapport pontifical révélait l'existence d'une secte cachée volant des enfants juste nés qui étaient tués pour être livrés aux démons afin de détruire l'humanité (car la secte utilisait des poudres, des onguents, des potions...). Il s'agissait d'enfants non baptisés, donc. (On ne voit pas encore émerger l'idée du Sabbat.) Cette secte était d'autant plus dangereuse qu'elle était cachée.

Au moyen-âge on accusait les juifs de tuer les enfants et de poignarder les hosties.

Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, lorsque catholiques et réformés établissent leurs positions dogmatiques et que débutent les guerres de Religion, apparaît la théorie de la sorcellerie, qui est définie en trois temps (cf. Bodin et tous les théoriciens) :

  • Les sorcières sont des femmes (80% dans les statistiques, sauf pour le Parlement de Paris, qui est exceptionnel, la Normandie et la Finlande). Cette secte a donné son âme aux démons. Ce thème apparaît en Allemagne avec le pacte faustien, vers 1580. On énonce également l'idée selon laquelle une fois que l'on a fait un pacte avec le démon on est foutu. Miracle de Théophile : évêque vendu et repenti et sauvé ; au moyen-âge cette idée de salvation a disparu. Le seul moyen est d'exterminer la sorcière, que l'on ne peut réformer, avant qu'elle ne fasse des adeptes. Cette idée de nécessité de l'extermination va donc s'implanter petit à petit.

  • Les sorcières sont de vieilles femmes (mais leurs filles sont également des sorcières, et leurs fils des loups-garous).

  • Constitution de l'idée d'une contre-Église : les sorciers sont des adorateurs du Diable et organisent des messes démoniaques durant lesquelles les femmes s'enduiraient d'onguent, prendraient leurs balais, l'enfourcheraient et s'envoleraient (car le démon les a rendues plus légères en les touchant). (On connaît un cas où un cas de sorcières encore « étudiantes » se seraient fait prendre en tombant de leurs balais car elles manquaient d'expérience). Les sorcières s'envolent donc vers le Sabbat, dans un lieu désert et éloigné où elles arrivent en rangs serrés et disent bonjour au démon (qui est un gros bouc) en lui embrassant le derrière. Ensuite ont lieu des danses, des messes chrétiennes à l'envers. Puis à la fin de la messe noire débute le banquet satanique où l'on se mélange. Les démons incubes et succubes s'accouplent avec les humains et se livrent à toutes les perversions possibles (dont l'inceste, la sodomie, les « plans » à trois et plus...). D'après les réponses aux questions posées lors des procès, on sait que les démons ont le sexe froid et pointu (les « questions » posées lors des procès comprennaient déjà la réponse : « Est-il vrai que vous avez fait ceci, cela, et que le démon était comme ci ou comme ça ? » - ce qui en dit long sur qui étaient les vrais pervers...). Heureusement les démons sont inféconds : ils peuvent « juste » prendre le sperme d'un mort pour le mettre dans les jeunes filles. Puis tout le monde retourne se coucher. Mais en attendant le prochain Sabbat, chaque sorcier et sorcière doit accomplir sa M.A. (Mauvaise Action), comme traire une vache à distance, par exemple, sinon ils sont punis.

La nuit du 24 juin est la nuit des sorcières.

Les procès pour sorcellerie étaient de vrais procès, avec témoins, etc. On recherchait sur le corps la marque satanique (coup d'ongle permettant d'être plus léger que l'air). Test de l'eau : si la personne coule, c'est qu'elle était normale (puis qu'elle est plus lourde que l'eau) (dans ce cas-là c'est pas de chance), si elle flotte c'est qu'elle est une sorcière. Idée que le corps démoniaque n'est plus naturel, et cause du mal par le toucher ou la vue (cf. « mauvais oeil).

Les sorcières sont liées aux animaux de nuit, ou visqueux...

La sorcellerie est un crime de lèse-majesté divine, donc supérieur à l'hérésie (c'est le fait d'avoir abandonné tout ce qui est humain).

Déroulement du procès :

  • Dénonciation, puis on accepte des choses interdites dans d'autres procès judiciaires, comme la torture sur les femmes ou les vieillards, les témoignages d'enfants, etc. Très rares sont ceux qui émettent un doute. On ne trouve plus de témoignages iconographiques, parce que le cas échéant on demande aux personnes à l'origine de ces représentations où ils ont vu ça et pourquoi ils y étaient... Les avocats sont rares, bien que permis.

  • Recherche de la marque diabolique sur le corps : on déshabille la personne, puis on la rase complètement. Après avoir détourné son attention, on enfonce brutalement une longue aiguille d'argent sur ce que l'on suppose être la marque. Si il n'y a pas de saignement ou de douleur, c'est que c'est une marque de sorcellerie. La « marque » peut être n'importe quoi : un grain de beauté, un bouton, une marque de naissance...

  • On torture éventuellement l'accusé.

  • Persuasion de la culpabilité par les questions sur les événements : quand avez-vous rencontré le démon ? Est-ce qu'il était ainsi ? Avez-vous fait ceci ou cela tel jour à telle heure ? (par exemple : avez-vous regardé la vache du voisin la semaine dernière ? Si oui, et que la vache du voisin a eu le malheur de mourir entre temps...).

III – LA RÉVOLUTION MENTALE ET CULTURELLE AYANT PRÉCÉDÉ L'éPOQUE DE LA SORCELLERIE LA SORCELLERIE. 
 
1580-1640/80 (maximum) : Deux/trois générations de croyance à la sorcellerie. C'est un climat religieux nouveau, celui d'une concurrence entre les grands courants opposés (cf. Allemagne) avec des juridictions qui n'ont pas la même confession dans les mêmes circonscriptions. Cf. archevêché de Cologne: zone cahtolique fragile entourée de protestants (la Cologne a beaucoup brûlé).

Angoisse religieuse dans des zones instables :

  • Lorraine, conquise sous Louis XIII, menacée par les protestants.

  • Écosse, menacée par l'Angleterre.

  • Suisse : pays de Vaux, sous la tutelle bernoise : les Vaudois sont catholiques et les Bernois protestants.

On trouve beaucoup de sorcières brûlées dans ces régions.

En Italie et en Espagne il n'y a pas beaucoup de protestants (fort catholicisme).

1580 : Invention du mythe de Faust. Le démon devient très redoutable, constamment derrière vous, il veut votre âme et il parvient à l'avoir car il est très malin.

J.-P. Camus, évêque du Bellay, raconte l'histoire d'un lieutenant criminel de Lyon qui se promène avec deux accolytes. Arrive une femme qu'il raccompagne. Ils ont une relation sexuelle. Le lieutenant fait ensuite entrer ses deux accolytes dans la pièce et leur dit de se faire plaisir. On entend alors un coup de tonnerre et la femme leur dit : « Savez-vous à qui vous avez à faire ? » Elle avait une jambe décharnée de bouc. La maison s'écroule alors et le lieutenant meurt. Un des deux autres hommes meurt deux ou trois heures après et le troisième reste pour raconter l'histoire. Moralité : faites attention aux femmes...

Idée de la sexualité hors-mariage. Donc recel de grossesse pour les femmes jeunes car elles sont fécondes et humides (cf. médecine grecque) ; elles sont donc naturellement attirées par le démon, puisqu'elles sont lascives. On concentre également les peurs démoniaques et féminines sur les vieilles sorcières : le plus démoniaque chez la femme étant qu'elle veut continuer à avoir des relations sexuelles dans le but d'obtenir un plaisir sexuel interdit aux femmes ménopausées. Les seules relations bonnes sont celles du mariage, dans la position dite aujourd'hui « du missionnaire » et sans perdre la semence ni sans rien faire qui puisse choquer le dessein de Dieu. Un confesseur de la fin du XVIe siècle pensait donc le Déluge arrivé car les femmes chevauchaient leurs maris, ce qui avait rendu Dieu furieux.

La sorcellerie est un des très nombreux éléments de mise en place de définitions sexuelles et des classes d'âges par l'Église. Cette dernière institue ainsi le mariage hétérosexuel fécondant et monogame (idée reconnue identique par catholiques et protestants lors du Concile de Tente de 1543). La bigamie est punissable de mort (ainsi que l'adultère, ou parfois d'autres peines très sévères).

Définition du rôle normal de l'homme et de la femme : la femme complète ne peut être qu'une sainte ou une femme qui essaie de s'approcher de la sainteté (une nonne, donc), ou encore une femme mariée et sous tutelle. C'est l'homme qui permet à son épouse de faire son salut malgré elle car elle est naturellement plutôt tirée vers le démon que vers Dieu. (Le XVIe siècle en France est celui des saintes : cf. Mère Jeanne des Anges.)

Développement des formes protestantes de cette idée à travers le calvinisme genevois, le presbytérianisme écossais...

C'est le fantasme ultime de l'alliance de femmes dévoyées avec le démon car elles en sont plus proches que les hommes (cf. Ève).

Quand une sorcière est brûlée c'est pour marquer la peur que la femme fasse basculer la chrétienté du côté du Diable.

lundi, 09 avril 2007

20 - Palmes d'or et d'argent

Je ne résiste pas à l'irrépressible envie qui me prend de vous faire voir deux petites choses. Sachez qu'hier soir, au cours du dîner dont j'ai parlé juste en-dessous, nous avons ressorti les vieux albums de vieilles photos... Et figurez-vous ("allez, figurez-vous, parce que quand je dis aux gens de se figurer ils ne le font pas et après ils ne comprennent pas") que deux palmes (oui, seulement) on été attribuées, respectivement d'or et d'argent, et que je me trouve sur les deux photos... Les voici donc en exclusivité :

 

Palme d'or : Moi, à 10 mois

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Palme d'argent : Moi (car à gauche) et Milou (ma cousine, dont le surnom d'enfance sera moins évocateur que son prénom ; à droite, donc, vous suivez ?) dans la boue en juin 1986
(nous avions alors respectivement [oui, je sais, j'adore ce mot... Faut dire, il est tellement pratique...] 2 ans et demi bien tassés et presque trois ans)
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On observe ici (mal, je vous l'accorde, mais c'est justement pour cette raison que je vous le dis) que nous traînons presque nues dans la boue. Il faut savoir (c'est ce qui rend l'anecdote amusante), qu'au moment de la photo, c'est la deuxième fois en peu de temps que nous venons habiter cette flaque. En effet, la première fois, nos mères affolées nous avaient promptement récupérées, et frottées, et changées. Mais l'appel du jeu et de la crasse étant trop titillants, nous nous étions bien entendu empressées de courir sournoisement nous y remettre. CEPENDANT (!), ne voulant pas me faire enguirlander une seconde fois, j'ai conseillé à ma cousine de retirer (comme moi) sa culotte. ce qu'elle ne voulut pas faire, ne voulant pas se retrouver la bibiche dans la boue (et en cela, elle avait entièrement raison, mais bon, à 2 ans et demi...). C'est donc la raison pour laquelle elle a, sur cette photo, sa culotte, et pas moi.


C'est aussi, je suppose, une des raisons pour lesquelles il y a photo (hormis le simple fait que nous soyions trop adorables et drôles), puisque la première fois n'avait pas donné lieu à photographie et que, si vous épluchez les albums photos familiaux, vous le verrez, ma famille n'a toujours cherché qu'à trouver des façons de se moquer de moi une fois que mes 20 ans seraient passés (en témoigne d'ailleurs cette abominable coiffure sur le premier cliché qui n'est absolument pas de mon cru, mais on comprendra aisément qu'à dix mois elle m'ait fort amusé).

samedi, 07 avril 2007

18 - Parce que je suis une crâneuse...

 

Je ne sais pas trop comment on fait un "copright", mais bon à la demande du prof mégalo concerné, special dédicace copright à Môssieu Guillaume Cingal pour l'encre rouge. MAIS BON QUAND MÊME LA NOTE C'EST A MES EFFORTS ET A MON GENIE QUE JE LA DOIS (non mais !...)

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